
Crédit photo : Kevin Dubeau
Démoscènes
Kevin Dubeau
Exposition du 2 avril au 9 mai 2026
Vernissage le jeudi 2 avril
Démoscènes
Kevin Dubeau
La démoscène est une sous-culture apparue dans les années 1980 à l’initiative de pirates informatiques. Ses adeptes redoublent d’inventivité pour produire des « démos », soit de courts programmes capables de générer des séquences audiovisuelles complexes, en contournant les protections de jeux vidéo ou de logiciels populaires. Animée par une recherche constante d’optimisation, elle s’attache à repousser les limites du matériel informatique, en faisant tenir ses créations dans un espace disque aussi minuscule que possible. La compacité des programmes et l’efficacité des algorithmes s’élèvent ainsi au rang de critères esthétiques.
En référence à ces communautés de pratique, Kevin Dubeau se penche sur l’écart qui sépare les images numériques de leurs contreparties matérielles. Conçues au départ dans l’espace désincarné des logiciels de modélisation 3D, ses œuvres quittent néanmoins la surface lumineuse de l’écran, pour faire appel au sens kinesthésique et à la perception tactile. Alors que les démomakers préconisent l’économie de moyens, les œuvres de Dubeau adoptent une logique rigoureusement inverse. Le logiciel ne constitue plus l’aboutissement de la forme, mais son point de départ. À partir de scènes entièrement modélisées ou captées par balayage laser, l’artiste élabore un répertoire de formes qu’il transpose ensuite dans des estampes numériques ou des photosculptures.
Dans ce passage de l’écran à l’imprimé, le code cesse d’être sanctuarisé. Ce déplacement s’accompagne d’une esthétique résolument maximaliste. Par opposition à l’élégance d’un code compact, Dubeau privilégie la surcharge visuelle. Ses images multiplient les perspectives et saturent l’espace de signes. Expansion et compression, fragmentation et répétition, illusions d’optique et jeux d’échelle comptent parmi les nombreuses techniques employées dans l’exposition pour brouiller les repères de profondeur et de distance. Selon les angles de vue, certains éléments peuvent disparaître, se métamorphoser ou perdre en résolution. L’espace qui en résulte n’est jamais donné d’un seul tenant : il se recompose continuellement au fil des déplacements dans l’espace d’exposition.
Les prises de vue qui alimentent ces montages et assemblages représentent par ailleurs des infrastructures inhabitées ou laissées à l’abandon : lieux de tournage, intérieurs d’usine, couloirs de centres commerciaux et friches industrielles. Dépourvus de présence humaine, ces espaces liminaux semblent suspendus dans une temporalité indéterminée. Leur neutralité évoque les décors génériques des moteurs de rendu. S’y ajoutent une série d’objets utilitaires — chaises de bureau, pièces mécaniques ou appareils électroniques — dont la géométrie laisse entrevoir l’empreinte souterraine du code informatique.
Ces mises en scène renvoient à une propriété plus générale des images de synthèse. Sur l’écran, celles-ci donnent l’illusion de s’affranchir des contraintes du monde physique. Elles apparaissent sans poids ni échelle stable, entièrement générées par le calcul et donc promises à des transformations virtuellement infinies. Pourtant, les images de synthèse restent tributaires d’un équipement informatique qui conditionne leurs modes d’apparition. Cette zone de friction, entre la simulation numérique et ses inscriptions matérielles, constitue le fil rouge de l’exposition. L’artiste s’attache à révéler ce point de bascule où les modèles 3D quittent l’univers statique des interfaces pour se confronter à la mobilité des corps.
Texte d’exposition d’Alban Loosli
Kevin Dubeau est un artiste visuel basé à Montréal, titulaire d’une maîtrise en Intermedia-Cyberarts de l’Université Concordia. Sa pratique explore les relations entre modélisation 3D, perception et matérialité. À partir d’images de synthèse, il développe des œuvres qui circulent entre surface, relief et volume, notamment par l’impression numérique et l’impression 3D. Inspiré par l’esthétique des démos techniques et des environnements industriels, il met en tension l’idéal du modèle et sa traduction matérielle. Ses œuvres révèlent des espaces instables, où la vision est conditionnée par des systèmes techniques. Il a présenté son travail au Centre PHI, à la galerie Art Mûr et à l’international, notamment dans le cadre du festival MUTEK AR et du festival Elektra.
Alban Loosli est un artiste-chercheur et doctorant en sémiotique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Ses travaux portent sur l’histoire intellectuelle de la pensée systémique et son influence dans le champ de l’art moderne et contemporain. Il s’intéresse plus particulièrement à la manière dont cette théorie de la connaissance a renouvelé notre conception de la nature, de la technique et de la culture. Ses recherches ont donné lieu à plusieurs publications dans revues à comité de pairs, dont Critique d’art, Espace art actuel et Captures.
Démoscènes
Kevin Dubeau
Exhibition from April 2nd to May 9th 2026
Opening on Thursday April 2nd
The demoscene is a subculture that emerged in the 1980s at the initiative of computer hackers. Its practitioners display remarkable ingenuity in producing “demos,” i.e. short programs capable of generating complex audiovisual sequences, often by bypassing the protections of popular video games softwares. Driven by a constant pursuit of optimization, this subculture seeks to push computer hardware to its limits by compressing its creations into the smallest possible disk space. The compactness of programs and the efficiency of algorithms thus rise to the status of aesthetic criteria.
Drawing on these communities of practice, Kevin Dubeau examines the gap that separates digital images from their material counterparts. Although initially conceived within the disembodied space of 3D modeling software, his works nonetheless leave the luminous surface of the screen to engage the kinesthetic sense and tactile perception. Whereas demomakers advocate an economy of means, Dubeau’s works adopt a rigorously inverse logic. Software no longer represents the culmination of form but rather its point of departure. From scenes entirely modeled or captured through laser scanning, the artist develops a repertoire of forms that he subsequently translates into digital prints or photosculptures.
In this passage from screen to print, code ceases to be sanctified. This shift is accompanied by a resolutely maximalist aesthetic. In contrast to the elegance of compact code, Dubeau favors visual excess. His images multiply perspectives and saturate space with signs. Expansion and compression, fragmentation and repetition, optical illusions and shifts of scale are among the many techniques employed throughout the exhibition to blur conventional markers of depth and distance. Depending on the viewing angle, certain elements may disappear, metamorphose, or lose resolution. The resulting space is never given all at once: it continuously recomposes itself as viewers move through the exhibition space.
The shots that feed these montages and assemblages depict uninhabited or abandoned infrastructures: film sets, factory interiors, shopping mall corridors, and industrial wastelands. Devoid of human presence, these liminal spaces appear suspended in an indeterminate temporality. Their neutrality evokes the generic backdrops of rendering engines. Added to them is a series of utilitarian objects—office chairs, mechanical parts, and electronic devices—whose geometry reveals the latent imprint of computer code.
These staged scenes point to a more general property of computer-generated imagery. On the screen, such images seem to free themselves from the constraints of the physical world. They appear without weight or stable scale, entirely generated through computation and therefore open to virtually infinite transformation. Yet computer-generated images remain dependent on the hardware infrastructure that conditions their modes of appearance. This zone of friction—between digital simulation and its material inscriptions—constitutes the guiding thread of the exhibition. The artist seeks to reveal this point of transition where 3D models leave the static universe of interfaces to confront the mobility of bodies.
Exhibition text by Alban Loosli
Kevin Dubeau is a visual artist based in Montreal. He holds a Master’s degree in Intermedia-Cyberarts from Concordia University. His practice explores the relationships between 3D modeling, perception, and materiality. Using computer-generated imagery, he develops works that move between surface, relief, and volume, notably through digital printing and 3D printing. Drawing inspiration from the aesthetics of technical demos and industrial environments, he creates a tension between the idealized model and its material translation. His works reveal unstable spaces where vision is conditioned by technical systems. He has presented his work at the Phi Centre, at Galerie Art Mûr, and internationally, including as part of the MUTEK AR festival and the Elektra festival.
Alban Loosli is an artist-researcher and a PhD candidate in Semiotics at the Université du Québec à Montréal (UQAM). His work focuses on the intellectual history of systems thinking and its influence on the fields of modern and contemporary art. He is particularly interested in how this theory of knowledge has transformed our understanding of nature, technology, and culture. His research has resulted in several publications in peer-reviewed journals, including Critique d’art, Espace art actuel, and Captures.
Mots-clés: Exposition,, Arts visuels,, Arprim,, Arts imprimés

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