Crédit photo: Jean-Michael Seminaro
Nourrir le rêve : Vive la Bouffe
Jean-Pierre Mot
Exposition du 15 janvier au 21 février 2026
Vernissage le jeudi 15 janvier dès 17 h 30
Présentation d'artiste le samedi 24 janvier
Nourrir le rêve : Vive la bouffe
de Jean-Pierre Mot
L’intérêt de j.p.mot pour les phénomènes d’interprétation et pour les possibles mésinterprétations qu’ils entraînent est saillant : il se manifeste surtout dans son aise à jouer avec ruse, voire espièglerie, avec la sémiotique des éléments. Accumulations, connivences visuelles et autres stratégies conduisant à créer du lien entre les choses sont au cœur de sa démarche. À la jonction d’une attitude critique et d’un humour transcendant le tangible, ses propositions questionnent sans exception nos systèmes – de (sur)consommation, mais aussi d’échanges (culturels, sociaux, monétaires).
Au fil du temps, j.p.mot a adopté une pratique dite nomade, c’est-à-dire presque totalement extraite de l’atelier. Si la majorité de ses projets naissent du hasard, ce hasard est toujours situé : c’est au rythme de résidences outremer nombreuses et dans des contextes culturels précis que les objets sont d’abord glanés du regard, puis prélevés des mains, et enfin manipulés avec satire comme avec soin. De cette manière, les imprimés d’emballage se sont tranquillement taillé une place importante au sein de ses expérimentations. Trouvés dans les poubelles, ces résidus d’objets usuels lui ont permis d’entamer une étude à la croisée du sociologique, du culturel, de l’anthropologique et du marketing. Dans l’élan d’une quinzaine d’années de travail, ces projets sont toujours de plus en plus poussés, adoptant même récemment un tournant digitalisé. Or, indépendamment de leur forme, toujours une question prépondérante se pose : quels biens consommables sont-ils surreprésentés dans nos piles de détritus, et que nous dit cette récurrence sur nos manières de consommer des produits particuliers, généralement les plus aguichants?
Les packagings, aussi nombreux et pluriels soient-ils, deviennent autant d’agents en constant voyage – du local à l’international – qui expriment une institutionnalisation de l’achat rapide via le grand vecteur du commerce. Des couleurs, des discours, des langages téléportés dans la culture visuelle de masse : comment certains codes de consommation qui sont d’abord régionaux circulent-ils mieux que d’autres et trouvent même résonance dans l’ailleurs, de l’Occident à l’Orient et de l’Orient à l’Occident?
Changement d’échelle ou de contexte, déplacement et détournement... Comme une carte postale de symboles locaux examinés puis rematérialisés, les projets de j.p.mot cherchent malgré leur ton critique à former une bulle d’empathie autour des faits de la culture. Ils s’appuient sur une étude de nos imaginaires collectifs par l’entremise de leur plus simple expression : nos objets de tous les jours. Des emballages de solutions fast-food deviennent des bas-reliefs montagneux. Des bouteilles de jus numérisées, puis moulées et rigidifiées, prennent corps dans leur nouvelle enveloppe de porcelaine. Un dispositif cinétique fait défiler des images dessinées dans une lenteur extrême – à raison de trois vignettes par jour – pour stimuler l’attention, consacrer l’acte du regard. Ces stratégies variables oscillant entre simplicité et complexité sous-tendent au final une seule et même interrogation sur la valeur des choses.
En portant l’œil sur tous ces objets qui meublent nos quotidiens mais dont l’omniprésence nous les fait oublier, j.p.mot participe à élever leur statut tout autant qu’il met en branle une réflexion sur nos habitudes. Doué pour les assemblages et les mises en dialogue, il met en relief nos façons de consommer (la culture, les objets, la nourriture, l’espace, le temps) qui, passées sous la loupe, sont révélées dans leur pluralité. Comme autant d’espaces de résonances, ses installations façonnent et supportent une recherche intelligente reposant bel et bien sur l’altération et la transformation de matérialités aux ancrages multiples.
- Texte de Galadriel Avon
j.p.mot (Jean-Pierre Mot), est un artiste canado-cambodgien issu de la minorité Cham (khmère/musulmane) qui a complété un baccalauréat en arts visuels et médiatiques suivi d’une maitrise en développement international à l’Université du Québec à Montréal, puis une maitrise en arts visuels à l’Université Columbia à New York. Il a reçu par le passé le soutien d’institutions comme le Conseil des arts de Montréal, le Conseil des
arts et des lettres du Québec, le Conseil des arts du Canada, la New York Foundation for the Arts, la Foundation for Contemporary Art in New York, la Asian Art Archive in America et le Trust for Governors Island. j.p.mot a participé à plusieurs festivals de la performance, notamment le Raflost Reykjavik Electronic Festival (Islande) et Viva Art Action ! (Montréal, Québec). Son travail a été présenté dans plusieurs expositions collectives au Canada, aux États-Unis, en Islande, à Singapour, au Qatar, en Chine et en Thaïlande, incluant à Art Mûr (Montréal, Québec), Espace F, (Matane, Québec), Praxis (Saint-Hyacinthe, Québec), à la Judith Charles Gallery (New York), au Fisher Landau Centre for the Arts (Long Island City, New York), à la Red Gate Gallery (Beijing) et à l’Institute of Contemporary Art (Singapour). Parmi ses nombreux projets de résidence, on compte la Gamli Scóli (Hrísey, Islande), le SOMA Summer (Mexico, Distrito Federal), le Tropical Lab (Singapour), la NARS Foundation (Brooklyn, New York), MASS MOCA (North Adams, Massachusetts), la Red Gate Residency (Beijing), le Wassaic Project (Wassaic, New York), Governors Island (Manhattan, New York), Ox- Bow (Saugatuck, Michigan), Est-Nord-Est (Saint-Jean-Port-Joli, Québec), le Franconia Sculpture Park (Shafer, Minnesota), Centre SAGAMIE (Alma, Québec) et le Banff Art Center (Banff, Alberta).
Galadriel Avon est impliquée dans l’univers des centres d’artistes et des revues d’art spécialisées, puis cumule les projets à titre d’auteure indépendante, d'éditrice et de médiatrice culturelle. Diplômée d’un baccalauréat en sciences politiques et philosophie réalisé à l’Université de Montréal (2021), elle a parallèlement réalisé une mineure en histoire de l’art à l’UQAM (2021) à la suite d’un parcours en pratique des arts visuels. Elle complète désormais un programme de deuxième cycle en étude de la pratique artistique à l’UQAR (2021-…). Galadriel Avon a longtemps partagé sa vie entre la rive-sud de Montréal et la région du Bas-Saint-Laurent, avant de finalement s'établir dans cette dernière récemment. Depuis longtemps, elle œuvre à la décentralisation des écrits et savoirs sur les arts en se portant à la rencontre de pratiques émergentes et d’initiatives excentrées des métropoles. Elle s'intéresse aux thèmes de la filiation, de la mémoire, de la temporalité et de la matière, et questionne globalement, par l’entremise de diverses pratiques artistiques, nos façons d’habiter le monde et de les mettre en discours.
j.p.mot
now showing at Arprim
j.p.mot’s interest in interpretative phenomena and their potential misinterpretation is striking, manifesting most notably in his keen use of semantic ruse and mischief. Accumulations, visual intrigues and other strategies that challenge the relations between things are at the heart of the artist’s approach. Pairing a critical outlook with an all-transcending wit, these propositions question any and all systems—from (over)consumption to various types of cultural, social and economic exchanges.
Over time, j.p.mot has adopted what one could call a nomadic art practice, which almost entirely forgoes the need for a studio. And although the majority of his projects are born of chance, these coincidences are always situated. Over numerous residencies overseas in specific cultural contexts, objects that first catch the artist’s eye are collected to be handled later, with both satire and care. As such, printed packaging has quietly become a staple of mot’s experiments. Generally found in the trash, this everyday waste product has led to a study that blends aspects of sociology, culture, anthropology and marketing. In the momentum of over a decade and a half of work, these projects have become increasingly sophisticated, even taking a recent digital turn. However, despite many changes in form, the overarching question driving these project remains: which consumer goods are overrepresented in our landfills, and what does this recurrence teach us about our use of these specific—often flashiest—products?
These packagings, as numerous and varied as they may be, become agents of constant travel—both locally and internationally—that signify the institutionalization of the quick purchase model via commerce as a larger vector. As these colours, discourses and languages get teleported into mass visual culture, Mot’s work asks: how can certain regional consumption codes travel more effortlessly than others, finding better resonance within a new elsewhere as they move from the West to the East, and vice versa?
Using changes in scale and context, displacements and diversions, j.p.mot’s works are like postcards stamped with local symbols that the artist studies and rematerializes. Despite their critical tone, these projects aim to create bubbles of empathy around cultural artefacts that study our collective imagery in its simplest expression: our everyday objects. Fast-food wrappers turn into mountainous bas-reliefs, digitized juice bottles are cast in a new hardened porcelain shell, kinetic devices scroll through hand-drawn images at an excruciatingly slow pace—three thumbnails a day—to stimulate the visitors’ attention span and consecrate the act of viewing. These varying strategies, simple at times, but getting more and more complex, are all part of the same underlying investigation into the value of things.
By shining a spotlight on the objects that share our everyday lives, so prevalent as to become invisible, j.p.mot elevates their status to jumpstart a reflection on our habits. A master of juxtaposition and dialogue, Mot highlights the different ways we consume (culture, objects, food, space, time), zooming in to reveal their plurality. Like sound boxes, these installations shape and support an insightful study founded on the alteration and transformation of materials that contain multiple underlying anchors.
j.p.mot (Jean-Pierre Mot), is a Cambodian-Canadian artist part of the Cham minority (Khmer/Muslim), completed a BA in Visual and New Media Art and an MA in International Development, both at the Université du Québec à Montréal ; He also received an MFA in Visual Art from Columbia University in New York. He has been supported, in the past, by the Montreal Arts Council, the Conseil des arts et des lettres du Québec, the Canada Art Council, the New York Foundation for the Arts, the Foundation for Contemporary Art in New York, the Asian Art Archive in America and the Trust for Governors Island. He took part in performance art festivals such as the Raflost Reykjavik Electronic festival (Iceland) and Viva Art Action! (Montreal, QC).; His installations has been part of numerous group shows in Canada, U.S., Mexico, Iceland, Singapore, Qatar, China and Thailand including Art Mûr (Montreal, QC), Espace F, (Matane, QC), Praxis (St-Hyacinthe, QC), the Judith Charles Gallery (New York, USA), Fisher Landau Centre for the Arts (Long Island City, NY), Red Gate Gallery (Beijing, CN) and the Institute of Contemporary Art (Singapore). His residencies include Gamli Scóli (Hrysey, Iceland), SOMA Summer (Mexico, DF), Tropical Lab (Singapore), NARS Foundation (Brooklyn, NY), MASS MOCA (North Adams, MA), Red Gate Residency (Beijing, CN), Wassaic Project (Wassaic, NY), Governors Island (Manhattan, NY), Ox-Bow (Saugatuck, MI), Est-Nord-Est (Saint-Jean-Port-Joli, QC), Franconia Sculpture Park (Shafer, MN), Centre SAGAMIE, (Alma, QC) and Banff Art Center (Banff, AB).
Galadriel Avon is active in the artist-run centre and specialized art magazine milieu, spearheading projects as an independent author, editor and cultural mediator. With an already established visual arts practice, she went on to complete a bachelor’s degree in political science and philosophy at Université de Montréal (2021) alongside a major in art history at UQAM (2021). She is currently studying in a graduate program in art practice studies at UQAR (2021-). Having spent several years moving back and forth between Montréal’s south shore and the Bas-Saint-Laurent region, Gabriel Avon recently decided to settle in the latter. For a while now, she has been working on the decentralization of the writings and knowledge on the arts by seeking out emerging practices and initiatives outside of major cities. She is interested in themes of artistic filiation, memory, temporality and materiality, using various techniques to challenge the ways in which we inhabit and talk about the world around us.
Mots-clés: Exposition,, Arts visuels,, Arprim,, Arts imprimés




